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vendredi 18 octobre 2013

Le conte de la course d'aviron entre les États-Unis et le Japon

Ce conte nous est rapporté par Debito Arudou, depuis son site www.debito.org, et originalement nommé The tale of the boat race between the us and japan.

Debito aurait reçu ce texte en janvier 1997 d'un étudiant diplômé de UCLA nommé Dave Friedman.

En voici la traduction :
La grande course américaine 
Deux grandes entreprises américaine et japonaise ont décidé de s'engager dans une course d'aviron. Les deux équipes se sont entraînées durement et longtemps pour atteindre leur meilleur niveau. Le jour J, les deux équipes se sentaient prêtes. Les japonais gagnèrent avec 1.5 km d'avance. 
Les américains étaient très déçus par cet échec et le moral était au plus bas. La direction de l'entreprise décida que les raisons de l'échec devait être identifiées. Elle engagea un cabinet de conseil pour étudier le problème et recommander des mesures correctives. 
La conclusion des consultants fut la suivante : les japonais avaient 8 rameurs et 1 barreur. Les américains avaient 1 rameur et 8 barreurs. 
Après une année à étudier le problème, et des millions dépensés, le cabinet de conseil conclut qu'il y avait trop de barreurs, et pas assez de rameurs. 
Le jour de la course approcha et la hiérarchie s'en trouva complètement réorganisée. La nouvelle structure comprenait 4 barreurs principaux; 3 barreurs, 1 par partie : avant, milieu et arrière; et un nouveau système d'évaluation des performances pour inciter le rameur à ramer plus efficacement. 
Les japonais remportèrent la course avec 3 km d'avance. 
A nouveau humilié, l'entreprise américaine renvoya le rameur pour performance insuffisante, et donna un bonus aux managers pour avoir découvert le problème.

mercredi 24 juillet 2013

Les 12 leçons de Steve Jobs

Guy Kawasaki est l'un de ceux qui ont eu la chance de travailler avec Steve Jobs. Ça pose un bonhomme !

Lors d'une conférence TEDx, la TEDxUCSD (université de Californie à San Diego) qui a eu lieu le 11 mai 2013 , il nous présente les leçons qu'il a appris de Steve Jobs, en anglais :


Cette conférence reprend le billet que l'on peut trouver sur son blog dont voici la traduction :

Beaucoup de personne nous ont énuméré les leçons de Steve Jobs, mais peu ont réellement travaillé avec lui. Je ne veux pas que ces leçons soient perdues ou oubliées, voici donc ma liste des 12 leçons que j'ai apprises de Steve Jobs.

1. Les experts sont inutiles

Les experts : journalistes, analystes, consultants, banquiers et gourous ne savent rien faire, donc ils conseillent. Ils sont capables de vous dire ce qui ne va pas avec votre produit, mais ils sont incapables d'en fabriquer un. Ils peuvent vous dire comment vendre quelque chose alors qu'ils n'ont rien à vendre. Ils peuvent vous dire comment créer de supers équipes alors qu'ils sont chef d'une unique secrétaire. Par exemple, les experts nous ont dit que les deux principales lacunes de Macintosh durant le milieu des années 80 étaient l'incompatibilité de l'imprimante à marguerite et Lotus 1-2-3. Un autre conseil des experts était d'acheter Compaq. Entendez ce que disent les experts, mais ne les écoutez pas toujours.

2. Les utilisateurs ne savent pas vous dire ce qu'ils veulent

L'expression `étude de marché Apple` est un oxymore. Le groupe de discussion chez Apple, c'était le cerveau droit de Steve Jobs parlant au gauche. Si vous demandez aux utilisateurs ce qu'ils veulent, ils vous répondront `mieux, plus rapide, moins cher`. C'est à dire la même chose mais en mieux, surtout pas de changement révolutionnaire. Ils peuvent seulement décrire leurs désirs dans des termes qu'ils connaissent. Pendant l'introduction de Macintosh, les gens voulaient une machine MS-DOS mieux, plus rapide et moins cher. La poule aux œufs d'or des start-ups, c'est de créer des produits que vous voulez utiliser. C'est ce que Steve et Woz ont fait.

3. Franchissez les paliers

Pêche aux glaçons au XIXe siècle
Ce n'est pas en recréant la même chose en mieux que l'on avance significativement. Les meilleures sociétés d'imprimante à marguerites créaient de nouvelles polices, dans de nouvelles tailles. Apple a franchi un palier en créant l'imprimante laser. Pensez au pêcheur de glaces, aux usines de glaces, et aux compagnies de congélateurs. Glaçon 1.0, Glaçon 2.0 et Glaçon 3.0. Etes vous toujours en train de pécher de la glace en hiver sur un lac gelé ?

4. Un plus gros défi entraîne un meilleur travail

Je vivais dans l'angoisse que Steve me dise que j'étais ou que mon travail était médiocre. En public. Cette peur était un grand défi. La compétition avec IBM et Microsoft était un grand défi. Changer le monde était un grand défi. De tout temps, les employés d'Apple et moi-même avons produit le meilleur travail possible parce que nous avions le devoir de le faire pour relever ces grands défis.

5. Le design ça compte

Steve rendait fous les gens avec ces demandes. Certaines nuances de noirs n'étaient pas assez noirs. Le commun des mortels pense qu'un noir est un noir, et qu'une corbeille est une corbeille. Steve était un perfectionniste au delà même de l'entendement, mais il avait raison. Certaines personnes font attention au design, peut être pas tout le monde, mais les personnes qui comptent oui.

6. Vous ne pouvez pas vous tromper avec de grands graphiques et des grandes polices

Regardez les diapos de Steve. La police est de taille 60. Généralement il y a une grosse capture d'écran ou un graphique. Regardez les diapos des autres conférenciers techniques, même ceux qui ont vu Steve en action. La police est de taille 8, et il n'y a pas de graphique. Tout le monde s'accorde à dire que Steve était le plus grand présentateur de produit au monde. Pourquoi il n'y a pas plus de personne qui le copie ?

7. Changer d'avis est un signe d'intelligence

Quand Apple a livré le premier iPhone, il n'y avait pas d'applications. Steve a décrété que les applications étaient mauvaises parce qu'on ne savait jamais ce qu'elles allaient faire au téléphone. Six mois ont passé puis, comme une évidence, Steve a décidé, ou quelqu'un l'a convaincu, que les applications étaient l'avenir. Apple a parcouru beaucoup de chemin en très peu de temps, entre `aucune application` à `il y a une application pour ça`.

8. Le prix et la valeur sont deux choses différentes

Honte à vous si vous décidez que tout est basé sur le prix. Encore plus si vous êtes sur un marché ou la concurrence ne se joue que sur le prix. Le prix n'est pas la seule chose qui importe. Ce qui est important, au moins pour quelques personnes, c'est la valeur. Et la valeur prend en compte la formation, le support, et la joie intrinsèque que vous procure l'usage des meilleurs outils qui n'ont jamais été crées. Il est évident que personne n’achète un produit Apple pour son prix.

9. Les meilleurs embauchent les encore meilleurs

En fait, Steve pensait que les meilleurs embauchaient les meilleurs, c'est à dire des gens qui sont aussi bon qu'eux. J'ai affiné légèrement cette théorie. Ma théorie dit : les meilleurs embauchent les encore meilleurs. Cependant, les gens moyens embauchent les gens médiocres, afin de se sentir supérieur à eux. Et les médiocres embauchent les mauvais. Si vous commencez à embaucher des gens moyens, préparez vous à subir ce que Steve appelait `l'explosion des clowns`.

10. Les vrais chefs font les présentations

Steve Jobs pouvait présenter iPod, iPad, iPhone et iMac deux ou trois fois par an devant des millions de gens. Pourquoi tant de PDG font appel à leur directeur technique pour faire une démonstration ? Peut être pour montrer une certaine cohésion d'équipe. Peut être pas. Il est plus probable que le PDG ne comprend pas ce que sa compagnie fabrique pour le présenter suffisamment bien. Plutôt pathétique, non ?

11. Les vrais chefs vendent

Malgré son extrême perfectionnisme, Steve vendait des produits. Peut être que le produit n'était pas parfait à chaque fois, mais il était suffisamment bon. La leçon est que Steve ne chipotait pas pour rien, il avait un but : vendre pour achever la domination des marchés existant, ou pour la création de nouveaux marchés. Apple est une société d'ingénierie, pas de recherche. Vous préférez être qui ? Apple ou Xerox PARC ?

12. Le marketing se résume à fournir des produits originaux qui apportent de la valeur

Imaginez une matrice 2x2. L'axe vertical représente l'originalité de votre produit et l'axe horizontal représente sa valeur. En bas à droite : votre produit ajoute de la valeur, mais n'est pas original, vous allez devoir vous battre sur les prix. En haut à gauche : votre produit est original mais n'apporte aucune valeur, vous serez le seul sur un marché qui n'existe pas. En bas à gauche : votre produit n'est pas original, et n'apporte aucune valeur, vous êtes perdu. En haut à droite : votre produit est original et apporte de la valeur, c'est là où vous faites de la marge, de l'argent, et écrivez l'histoire. Par exemple, l'iPod était complètement nouveau et apportait de la valeur, car c'était le seul moyen de télécharger légalement de la musique bon marché des six principaux labels.

Bonus

Il faut avoir la foi pour voir certaines choses. Quand vous franchissez les paliers, défiez ou ignorez les experts, êtes confronté à d'énormes défis, êtes obsédé par le design et concentré sur l'originalité et la valeur, vous devrez convaincre les gens de croire en ce que vous faites pour voir le fruit de vos efforts récompensé. Les gens avaient besoin de croire en Macintosh pour le voir se réaliser. Idem pour l'iPod, l'iPhone et l'iPad. Tout le monde n'aura pas la foi, mais ce n'est pas grave. Pour commencer à changer le monde, il faut d'abord changer quelques esprits. C'est la plus grande leçon que j'ai apprise de Steve Jobs.

Guy Kawasaki
Guy Kawasaki est un conseiller spécial de la filiale Motorola de Google. C'est aussi l'auteur de APE, What the Plus!, L'art de l'enchantement, et neuf autres livres. Précédemment, il était l'évangéliste en chef d'Apple. Kawasaki a un BA de Stanford, et un MBA de UCLA, ainsi qu'un titre honorifique de docteur du Babson College.

mercredi 26 juin 2013

L'art martial des engueulades

Une traduction de l'article de Peter Bragman : The Martial Art of Difficult Conversations

Ma femme Eleanor et moi vivions dans une petite maison à Princeton dans le New Jersey. Une nuit alors que nous rentrions à la maison, nous avons trouvé une voiture garée sur notre emplacement réservé. Impossible de savoir à qui appartenait cette voiture. Nous étions fatigués, et nous ne trouvions nulle part où nous garer. Nous avons donc appelé la fourrière. Nous nous sommes garés, et nous sommes allés nous coucher.

Le matin suivant, quelqu'un frappa lourdement à notre porte. Eleanor a été la première à répondre, et elle le regretta immédiatement. C'était notre voisine, appelons la Leslie, qui était très énervée. A la vue d'Eleanor, une pluie d'insultes et d'accusations déferla sur elle. J'étais de l'autre côté de la maison, et pourtant j’entendis tout très nettement.

Il apparut que la voiture mystère appartenait à son fils. Eleanor, habituellement calme et sereine, commença à se justifier, ce qui eut pour conséquence de rendre Leslie encore plus énervée. Et elles continuèrent à s'invectiver, chacune défendant son bout de pain.

Pendant ce temps, je réfléchis au meilleur moyen de sauver Eleanor. Je devais calmer la colère de Leslie, sinon nous n'irions nulle part. La seule solution était de donner le sentiment à Leslie d'être écoutée. Une fois qu'elle aurait le sentiment que son point de vue était compris, et que nous aurions compris à quel point elle était en colère, elle se calmerait, ensuite nous pourrions discuter.

Je décidai de faire trois choses :
  1. Poser des questions. Je poserai des questions ouvertes, des questions de curiosités. Qui, quoi, quand, où, pourquoi, etc... Des questions qui clarifieraient ce qu'elle essayait de dire et ce qu'elle ressentait. Des questions qui permettraient de comprendre son point de vue. Je ne poserai pas de questions/affirmations qui ne duperait personne du genre "Tu ne crois quand même pas ça non ?"
  2. Ecouter vraiment. Je me tairai et j'écouterai ce qu'elle avait à dire. Je ne penserai à rien d'autre, uniquement ce qu'elle me dira. J'essayerai aussi de lire entre les lignes, de comprendre ces intentions, ces peurs.
  3. Répéter et résumer. Je répéterai ce que j'aurai entendu, en essayant de réutiliser les mêmes mots qu'elle. Je résumerai aussi ce que j'aurai entendu, et je vérifierai avec elle si j'ai bien compris. Si elle me dit que je ne comprends pas, je ne lui demanderai pas de répéter, parce qu'elle ne fera que répéter la même chose une nouvelle fois. Ce que je veux vraiment c'est savoir ce que je n'ai pas compris. Donc je lui demanderai ce que j'ai raté. Une fois qu'elle me l'aurait dit, je lui répéterai cette partie une nouvelle fois et lui demanderai si j'ai bon. 
Encore plus important, je n'essayerai pas de nous justifier tant que la colère ne serait pas passée. Le signal serait : une fois qu'elle prend une bonne bouffé d'air et qu'elle détend ces épaules, je pourrai commencer à nous expliquer.

Je me suis senti aussi prêt que possible. Mon cœur battait la chamade au fur et à mesure que je m'approchais de l'endroit où les deux se criaient dessus. "Leslie," interrompais-je, "Salut. Tu es apparemment énervée à propos de quelque chose." Elle vit une nouvelle victime et se jeta dessus. "Énervée n'est même pas le quart de ce que je suis..." J'écoutais. Je posais des questions. Je répétais et résumais. Finalement, il apparut que je compris vraiment pourquoi elle était tellement en colère.

Après environ 15 minutes, je dis, "Donc ton fils vient te voir une fois tous les 36 du mois, et tu voulais vraiment que ce se passe bien. Mais les gens que tu pensais être tes voisins sympas ont appelé la fourrière à la première occasion. Une bonne raison de plus pour lui de ne plus venir te voir."

"Ouais, c'est ça", dit-elle, un peu plus calmement. Et ensuite... rien. Elle était silencieuse. Elle n'avait rien d'autre à dire. J'avais complètement saisie son point de vue. Elle s'était déchargée de sa frustration. Elle avait été écoutée.

C'était le bon moment pour lui dire que nous étions désolés. Son fils venait tellement rarement que nous n'avions pas reconnu sa voiture. Et comme aucun message n'apparaissait, nous n'avions aucun moyen de savoir à qui appartenait la voiture. Il était tard, beaucoup trop tard pour sonner à toutes les sonnettes pour savoir à qui appartenait la voiture, et nous avions besoin de nous garer. C'était la meilleure décision à ce moment-là. Nous étions vraiment désolés d'avoir appelé la fourrière.

Elle se calma encore, et elle nous remercia de la comprendre. Elle suggéra de nous avertir la prochaine fois que son fils viendra. Et elle repartit... souriante.

La seule raison de mon efficacité dans cette situation était parce que j'ai pu réfléchir pendant une minute. Bien que je suis un grand croyant de la pause avant la réponse, c'est quelque fois difficile dans l'excitation du moment. Si c'était moi qui avais répondu à la place d'Eleanor, j'aurai peut-être été encore plus sur la défensive qu'elle.

Quand on apprend les arts martiaux, on apprend le même geste indéfiniment, jusqu’à ce qu'il devienne automatique, et disponible en cas d'attaque surprise. Je réalisai que ce jour-là, j'avais besoin d'un équivalent conversationnel. Je résolu la question en créant mon propre nouveau réflexe : Poser une question.

A chaque fois que je suis surpris et que je ne sais pas quoi dire, je pose maintenant une question. Même si c'est une question bateau du genre "Pouvez-vous m'en dire plus ?". Cela oblige la personne en face à parler, et dans une engueulade, c'est toujours utile de laisser l'autre personne parler en premier. Cela réduit leur instinct de défense, vous pouvez apprendre quelque chose et changer de perspective, ou au moins vous aider à réfléchir à votre point de vue afin qu'ils puissent le comprendre, et vous donner l'exemple de quelqu'un qui écoute, quelque chose qu'il pourrait faire aussi ensuite.

Cette nuit nous avons entendu frapper à notre porte et nous avons tous deux sursauté. "C'est ton tour", me dit Eleanor. C'était encore Leslie. Elle nous demanda si nous voulions manger un morceau ensemble.
Surpris, je réagi instinctivement, "A quoi tu penses ?" 




Peter Bregman est l'auteur de 18 Minutes: Find Your Focus, Master Distraction, and Get the Right Things Done, vainqueur de la médaille d'or des Axiom Business Book awards, nommé meilleur livre de business de l'année sur NPR, et sélectionné par Publisher’s Weekly et New York Post dans le top 10 des meilleurs livres de business.
Il est aussi l'auteur de Point B: A Short Guide to Leading a Big Change et coauteur de cinq autres livres.
Invité sur PBS, ABC et CNN, Peter est un contributeur régulier de Harvard Business Review, Fast Company, Forbes, National Public Radio (NPR), Psychology Today, et CNN, ainsi qu'un chroniqueur hebdomadaire sur Fox Business News.
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Peter Bregman is the author, most recently, of 18 Minutes: Find Your Focus, Master Distraction, and Get the Right Things Done, winner of the Gold medal from the Axiom Business Book awards, named the best business book of  the year on NPR, and selected by Publisher’s Weekly and the New York Post as a top 10 business book.
He is also the author of Point B: A Short Guide to Leading a Big Change and co-author of five other books. Featured on PBS, ABC and CNN, Peter is a regular contributor to Harvard Business Review, Fast Company, Forbes, National Public Radio (NPR), Psychology Today, and CNN as well as a weekly commentator on Fox Business News.
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mercredi 22 mai 2013

Pourquoi j'ai retourné mon iPad


Une traduction de l'article de Peter Bragman : Why I Returned My iPad

Un peu plus d'une semaine après avoir acheté l'iPad, je l'ai retourné à Apple. Le problème ne venait pas vraiment de l'iPad, même si il avait quelques défauts. Le problème venait de moi.

J'aime les nouvelles technologies, mais je ne fais pas partie de ceux qui achètent en premier. J'ai attendu la deuxième génération de l'iPod, la deuxième génération de l'iPhone et la deuxième génération du MacBook Air.

Mais l'iPad était différent. Tellement élégant, tellement cool, tellement différent. Et aussi, comme il provient de l'iPhone, la majorité des fonctionnalités devait déjà fonctionner pleinement.

Donc à 16 heures, le jour de la sortie de l'iPad 3G, pour la première fois de ma vie, j'ai fait la queue pendant deux heures pour acheter quelque chose.

Je l'ai installé directement dans le magasin, je voulais être sur de pouvoir le démarrer dés que je l'aurais payé. Et je l'ai utilisé. Je l'ai amené partout avec moi; il est tellement petit et mince et lumineux, pourquoi ne pas l'emporter de partout ?

Evidemment, j'ai écrit mes emails dessus. Mais j'ai aussi écrit mes article avec Pages. J'ai regardé des épisodes de Weeds sur Netflix. J'ai vérifié les informations, la météo, le trafic. Et évidemment, je l'ai fièrement montré à n'importe qui montrant le moindre petit intérêt. (Cela pourrait faire l'objet d'un article entier à lui seul. Nous montrons fièrement nos acquisitions récentes, comme si le simple fait de les posséder était un accomplissement. Pourquoi ? Je n'ai pas inventé l'iPad, j'en ai juste acheté un.)

Il ne m'a pas fallu longtemps pour découvrir le côté obscur de cet appareil révolutionnaire : il est trop bien.

Il est trop simple. Trop accessible. En même temps trop rapide et trop durable. Certes il a des défauts, mais rien de monumental. Il fait principalement tout ce dont je peux vouloir. Ce qui, finalement, est un problème.

Bien sur, j'ai peut être envie de regarder un épisode de Weeds avant d'aller me coucher. Mais est-ce que je le doit vraiment ? C'est vraiment difficile de s’arrêter après juste un épisode. Et deux heures plus tard, je suis diverti et fatigué. Suis-je vraiment dans un meilleur état ? N'aurait-il pas mieux fallu que je dorme sept heures au lieu de cinq ?

L'atout de l'iPad c'est que c'est un ordinateur n'importe où, n'importe quand. Dans le métro. Dans le hall en attendant l'ascenseur. Dans la voiture en route pour l'aéroport. Chaque moment de libre devient potentiellement un moment iPad.

L'iPhone fait à peu près la même chose, mais pas exactement. Qui a envie de regarder un film dans son lit sur un iPhone ?

Alors pourquoi est-ce un problème ? C'est comme ci j'étais super productif. A chaque minute de mon temps, soit je produisais, soit je consommais.

Mais quelque chose — plus que le sommeil, même si c'est important aussi — s'est perdu dans l'effervescence. Quelque chose de trop précieux pour le perdre.

L'ennui.

S'ennuyer est quelque chose de précieux, un état d'esprit que l'on devrait rechercher. Une fois que l'on commence à s'ennuyer, notre esprit commence à s'évader, cherchant quelque chose d'excitant, quelque chose d’intéressant où arriver. Et c'est la que la créativité éclot.

Mes meilleures idées viennent à moi quand je suis improductif. Quand je cours et que je n'écoute pas mon iPod. Quand je suis assis, à rien faire, attendant quelqu'un. Quand je suis couché dans mon lit, mon esprit vagabondant avant de m’endormir. Ces moments "gâchés", rempli de rien de particulier, sont vitaux.

Il y a des moments pendant lesquels, souvent inconsciemment, nous organisons nos pensées, nous donnons du sens à nos vies, nous relions les points. Ce sont ces moments pendants lesquels nous nous parlons à nous même. Et nous écoutons.

Perdre ces moments, les remplacer par des occupations et de l'efficacité, est une erreur. Le pire, c'est que nous ne les perdons pas. Nous les jetons activement à la poubelle.

`Ce n'est pas l'iPad le problème.`, précise mon frère Anthony  — qui, je me sens obligé de le mentionner, est en train de produire un film intitulé Mon Idiot de Frère. `C'est toi le problème. Ne l'utilise pas autant.`.

Je plaide coupable. C'est moi le problème. Je ne peux pas ne pas l'utiliser s'il est là. Et malheureusement, il est toujours là. Donc j'ai retourné l'iPad. Problème résolu.

Mais cela m'a appris quelque chose à propos de la valeur de l'ennui. Et j'ai maintenant beaucoup plus conscience de l'utilisation de ces moments, ces entre-deux, ces promenades, ces trajets, ces attentes, pour laisser mon esprit vagabonder.

Au même moment où je retournais mon iPad, j'ai constaté que ma fille de huit ans Isabelle était incroyablement occupée à partir du moment où elle rentrait de l'école jusqu'au moment où elle allait au lit. Bain, lecture, guitare, dîner, devoirs, c'était non-stop jusqu'au moment où je la montais au lit. Une fois couchée, elle essayait de me parler, mais j'étais trop inquiet du peu de sommeil qu'elle allait avoir. Je lui demandais de se taire, et de s'endormir rapidement.

Nous avons un nouveau rituel maintenant, et c'est vraiment devenu l'un de mes moments préférés de la journée. Je la mets au lit 15 minutes plus tôt qu'avant. Elle rampe jusqu’à son lit, et au lieu de se taire, je m'assois à côté d'elle, et nous parlons. Elle me raconte les choses qui lui son arrivé ce jour ci, les choses qui l’inquiètent, qui l’intéressent, qui la préoccupent. Je l'écoute et je lui pose des questions. Nous rions ensemble. Et nos esprits vagabondent.



Peter Bregman est l'auteur de 18 Minutes: Find Your Focus, Master Distraction, and Get the Right Things Done, vainqueur de la médaille d'or des Axiom Business Book awards, nommé meilleur livre de business de l'année sur NPR, et sélectionné par Publisher’s Weekly et New York Post dans le top 10 des meilleurs livres de business.
Il est aussi l'auteur de Point B: A Short Guide to Leading a Big Change et coauteur de cinq autres livres.
Invité sur PBS, ABC et CNN, Peter est un contributeur régulier de Harvard Business Review, Fast Company, Forbes, National Public Radio (NPR), Psychology Today, et CNN, ainsi qu'un chroniqueur hebdomadaire sur Fox Business News.
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Peter Bregman is the author, most recently, of 18 Minutes: Find Your Focus, Master Distraction, and Get the Right Things Done, winner of the Gold medal from the Axiom Business Book awards, named the best business book of  the year on NPR, and selected by Publisher’s Weekly and the New York Post as a top 10 business book.
He is also the author of Point B: A Short Guide to Leading a Big Change and co-author of five other books. Featured on PBS, ABC and CNN, Peter is a regular contributor to Harvard Business Review, Fast Company, Forbes, National Public Radio (NPR), Psychology Today, and CNN as well as a weekly commentator on Fox Business News.
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